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Le mémorial du camp de concentration de Dachau propose de suivre le parcours des prisonniers pour découvrir les horreurs subis par ces derniers de la part des SS et du régime Nazi. J'ai choisi de le faire mais à travers le parcours d'un prisonnier non anonyme.
Ce mardi 22 septembre 2026 nous visitions le site mémorial du camp de Dachau, près de 82 ans après l'entrée de mon grand-père, Roland, dans ce camp de concentration si tristement célèbre. Il y a été emprisonné le 9 octobre 1944, comme en témoigne sa fiche d'admission.

L'arrivée des visiteurs aujourd'hui se fait dans une ambiance bien différente de ce que devait être à l'époque l'arrivée à Dachau. Après plus de 2 mois de détention et divers trajets en train tous entassés pire que du bétail, dans des wagons sans aucun confort (pas de banc, pas de lumière, pas de toilettes). À l'époque, l'ironique sentence "Arbeit macht frei" (le travail rend libre), inscrite sur le portail de l'entrée, accueillait les prisonniers. Puis ils étaient dirigés vers la salle de déshabillage-nettoyage, ou plutôt déshumanisation. Le but était de dépouiller le détenu de tous ses biens, son identité et sa dignité afin de ne le réduire dès le début qu'à son matricule.
Nous n'y sommes que depuis 1h et nous ressentons déjà que de la tristesse, compassion, colère, incompréhension... ce n'est que le début !
Ma marraine a recueilli le témoignage de mon grand-père dans un livre, je l'ai gardé avec moi lors de la visite, il racontait alors :
"[...] Les détenus plus anciens nous avertirent dès notre arrivée : vous ne sortirez pas par ici, en montrant la porte, mais par là, en indiquant la direction de la cheminée du crématorium."
Entre 1943 et 1945, le camp possède une capacité de 6 000 prisonniers, ils étaient plus de 30 000 lors de la libération en avril 1945. Certains "blocs" comptaient 1 600 prisonniers pour une capacité initiale de 200.
Dachau ainsi que les camps annexes comptaient plus de 60 000 prisonniers ; en effet, cette période est dans la phase de l'extermination par le travail forcé.
"Je ne séjournai pas longtemps dans le camp principal. Les allemands demandaient des volontaires pour aller travailler dans diverses usines."
Mon grand-père fut amené dans l'usine Messerschmitt à Asbach-Bäumenheim.
"Nous (lui et 4 autres prisonniers) en avions assez de rester toute la journée au garde à vous sur la place d'appel. Nous sommes revenus tous les 5 alors que ceux que nous connaissions qui restèrent au camp, sont tous morts."
Une autre différence du fait d'être dans une usine, c'est de pouvoir, avec un peu de chance, dépendre d'une personne normale, plus conciliante que les SS. Ce qui permit à Roland de fabriquer un couteau puis une "cuillère" (avec couteau dissimulé) ou encore de volontairement percer des trous aux mauvais endroits dans une plaque servant à la fabrication du Me 262 Schwalbe.
"Là encore il ne me dénonça pas [...] Cet ingénieur fait partie de ces héros anonymes qui ont fait preuve de compassion envers les détenus. Il a certainement pris des risques en couvrant mes quelques méfaits."
Pour autant, même s'ils ont une ration un peu plus importante que les prisonniers restés inactifs dans le camp principal, les conditions de détention sont épouvantables.
"J'ai toujours été très étonné de lire ou d'entendre [...] des récits de personnes décrivant une solidarité entre les détenus, une entraide. Personnellement je fus plutôt confronté au chacun pour soi. Peut-être ont-ils la mémoire courte."
"Chaque soir, dès le retour dans ces blocs, nous était distribué un repas dont le menu consistait en une tranche de pain avec une cuillère de confiture et un litre d'une soupe dont la consistance se rapprochait plus de l'eau chaude que du potage."
"[...] Rapidement une faim torturante s'installait. Je ne pensais qu'à ça."
Cette dernière phrase fait prendre toute son ampleur à la réaction de grand-père quand il était agacé de nous entendre dire que "on a faim". "NON" disait-il, "Avoir faim c'est avoir la sensation de faim en sachant que ni aujourd'hui ni demain ni plus tard on aura à manger."
"Nous ne subissions pas trop de mauvais traitements."
"La mort était devenue choses courante. Les détenus mourraient partout : pendant l'appel, aux toilettes, dans les rues de blocs, dans une indifférence quasi totale voir une aversion."
"Nous ne savions pas quel jour nous étions. J'avais tout de même assez de repère pour décider de passer une bonne partie de la journée de mon 20ème anniversaire dans les toilettes : je ne voulais pas travailler ce jour là [...]"
C'était le 5 janvier 1945. Il faut savoir que l'hiver près de Munich peut être très rude, l'hiver 44-45 une température de -27°C avait été enregistrée !
"Nous ne portions que le costume rayé, un béret et la nuit nous pouvions nous couvrir d'une couverture en papier qui se déchirait très rapidement."
Ces conditions de détention sont communes avec celles du camp principal. Il faut savoir que Dachau était le modèle de camp exporté ensuite dans les autres camps ainsi que le centre de formation des futures pourritures à la tête de ces mêmes camps comme celui d'Auschwitz où son commandant fit ses classes à Dachau.
Dachau est également connu pour avoir été un centre d'expérimentation sur les prisonniers, à la solde d'une personne que je n'ose décrire comme médecin, avec comme test : des simulations de haute altitude où le prisonnier suffoquait par manque d'air si ce n'était une mort suite à une embolie pulmonaire, ou encore des tests de résistance en eau glaciale où le corps des détenus, déjà bien affaibli, descendait jusque 28°C ce qui précédait, là encore, la mort du cobaye. Sans oublier les injections volontaires de malaria ou toute autre dissection sans anesthésie.
6h passées sur le site du mémorial, c'est bouleversant, d'autant plus quand on a connu quelqu'un qui a dû affronter tout cela directement ou indirectement dans le camp principal ou un camp de travail forcé annexe. Mais une idée persiste : l'envie de ne pas y croire, car comment y croire ? Non pas que l'on remet en cause les faits historiques et les témoignages mais c'est tellement inimaginable, que mon cerveau refuse l'idée que des milliers, des millions de personnes ont pu dessiner les plans des chambres à gaz, du crématorium, du camp puis d'autres pour valider puis d'autres encore se dire qu'ils allaient utiliser les prisonniers pour le construire, puis superviser, puis faire les essais sur des personnes vivantes, puis... sans que ces idées et ces actes horribles ne soient jamais stoppées, par personne (enfin certainement qu'il y a eu des personnes contre mais on se doute du sort qu'ils ont subi).
Je ressors de là triste et énervé (encore plus que d'habitude). Dire que tout cela aurait pû être évité.
Pourquoi visiter Dachau ou écrire tout cela ?
Pour crier haut et fort ce que tous les survivants ont voulu transmettre : PLUS JAMAIS.
Car la montée des idées extrémistes et la popularisation de l'extrême droite en Europe et notamment en Allemagne et en France ne devaient, ne devraient plus jamais arriver. Sauf que ce n'est pas du tout ce que l'on observe, en témoigne encore les résultats d'élections en Allemagne au début du mois de septembre avec l'AFD (extrême droite) qui est arrivé en tête ! Il ne faut absolument pas qu'un parti qui prône la haine et le non respect de ses opposants arrivent, à nouveau, au pouvoir sans quoi l'histoire ne fera que se répéter !
Donc :

Inscription gravée sur le Monument mémorial international de Dachau, situé sur la place d'appel de l'ancien camp principal. Ce monument a été érigé en 1968 pour honorer le souvenir des déportés. Le texte traduit un appel universel à la paix, à la mémoire et à la vigilance.
💬 Vos Commentaires
Il a toujours fait la part des choses: le camp de Dachau à été le premier, le seul en Allemagne et conçu pour accueillir les opposants dès 1933. Il a connu le numéro 1.
Merci Vincent.
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